Schubert, Symphonie N°9 La Grande

L’Œuvre du mois, discographie comparée

Malgré la confusion qui règne sur le classement chronologique de cette symphonie N°9 La grande de Schubert, il n’y a aucun doute quant à sa place de pierre angulaire dans l’œuvre symphonique de Schubert. Le public lui voue depuis longtemps une affection exceptionnelle, alors que c’est peut-être la symphonie la plus aimée des musiciens; elle occupe dans le répertoire pour orchestre une position comparable à celle de la dernière grande œuvre de Schubert (“grande” étant pris ici au sens large), son quatuor pour cordes dans la même tonalité. Schubert n’entendit aucun de ces chefs d’œuvres interprétés par un orchestre et lorsqu’on sait à quel point les musiciens respectent aujourd’hui cette symphonie, il semble assez ironique que ce soit la résistance initiale des musiciens qui ait retardé son entrée au répertoire. Si Schubert eut la possibilité d’entendre ces symphonies, c’était seulement de manière informelle, au domicile de l’un de ses amis. Il semble que dans la dernière année de sa vie, le prestigieux Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne avait programmé sa Grande Symphonie en ut majeur à l’un de ses concerts mais la rejeta car elle était d’exécution trop difficile. La “Petite” symphonie en ut majeur lui fut substituée et devint la première symphonie de Schubert à être donnée en public par un orchestre professionnel, environ un mois après le décès du compositeur. Il fallut attendre jusqu’au début de 1839 pour que la partition de la dernière symphonie rejetée de Schubert soit redécouverte par Robert Schumann et envoyée avec grande excitation à Felix Mendelssohn, qui la présenta rapidement au public à Leipzig, mais dans une version quelque peu raccourcie.

Ecueil de la partition

Schubert, maître de la petite forme des lieder, s’efforce de conquérir ici, comme dans ses derniers quatuors et sonates pour piano, la grande “forme sonate” du classicisme de Haydn, Mozart et surtout Beethoven avec de fortes influences du style rossinien alors triomphant et bien sûr, des musiques populaires viennoises. S’il ne parvient pas à sa se couler réellement dans le moule classique, il invente une relation nouvelle au temps musical, qu’on perçoit comme annonciatrice de Bruckner. Un objet stylistique difficilement identifiable, composé en 4 longs mouvements qui obligent donc les chefs à inventer une cohérence tout en préservant les ressources de l’orchestre: un défi

Herbert Blomstedt

Herbert Blomstedt pourra être lui aussi, taxé de “brucknérien et de sérieux” mais c’est somptueux, un univers mahlérien. Cette puissance rentrée fonctionne particulièrement bien dans les deux premiers mouvements, laisse apparaître une certaine la clarté polyphonique mais demeure cependant démonstratif, voire “appliqué”.

Klaus Tennstedt

Klaus Tennstedt possède les qualités et les défauts d’une interprétation conçue dans l’urgence et la nervosité. L’attention est happée par ces musiciens qui semblent jouer leur vie tout en produisant une musique organique. On peut être séduit par la folie schumannienne qui émane notamment de l’Andante con moto, éperdu et du Finale grisant mais on est au bord dans l’expression, de la tension d’une forme de décrochage.

Eugen Jochum

Le caractère inexorable de l’interprétation d’Eugen Jochum est immédiatement relevé par une posture habitée du premier mouvement et l’“Andante con moto”, où on peut entendre une manière amoureuse de faire de la musique qui fait immédiatement penser à Bruckner. On peut trouver les tempos hors de propos tant ils sont lents mais on ne résiste pas à la respiration naturelle, jamais massive de ces mouvements. Après un Scherzo simplement bonhomme, rien ne laisse pourtant imaginer un Finale aussi déterminé, étincelant, déclamatoire.

István Kertész

Pendant quelques instants, on se demande s’il ne s’agit pas d’une version baroque mais, devant tant de saveurs mahlériennes on ne peut que considérer qu’il s’agit avant tout d’une version contrôlée. Là, gestion de l’attente, le legato des cordes de l’Orchestre Philharmonique de Vienne puis le hautbois génial du mouvement lent, où l’élégance du chant semble s’arrêter devant l’émotion alors que le mouvement ne fléchit jamais, le Scherzo, fluide et souple, le moteur rossinien du Finale: avec Kertész, il se passe toujours quelque chose même si çà et là pointe une très légère volonté démonstrative.

Günter Wand

Günter Wand possède les mêmes qualités de libération du son, mais avec une économie de moyens qui touche plus directement le cœur. Pourtant, on peut être réservé par le legato permanent de l’introduction, qui finit par céder devant la sonorité étourdissante de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, très proches de Karajan. Mouvements après mouvement, on ne peut que s’incliner devant l’évidence: Tout passe par un mouvement directeur qui transforme ce qui pourrait être lourd en poids émotionnel, la gestion d’une quantité impressionnante d’informations qui nourrit constamment le discours. Bref, à l’écoute de l’Andante con moto et la Symphonie N°9 La grande deviennent royal.

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